Quatre cahiers, une soirée cousue à la main
Deux presses à percussion, un fût de colle vide et des étagères de fil de lin : l'atelier a relié des livres pendant soixante ans, à deux pas de la Bibliothèque Humaniste. Nous y avons posé cinq tapis et un fourneau. Rien ne se mise, rien ne se gagne : on coud une soirée en quatre cahiers, puis on rentre.

Soixante ans de reliure, puis des cartes
La maison a d'abord cousu, pressé et rogné des livres pour les écoles du secteur. Quand l'atelier a fermé, les machines sont restées : elles étaient trop lourdes pour l'escalier, et bien trop belles pour la benne.
Nous n'avons rien déguisé. La presse à percussion sert de console, le massicot porte les carafes, les cousoirs alignent les verres. Les murs gardent leur odeur de colle d'os et de papier sec.
Cinquante personnes par soirée, pas davantage. Au-delà, on ne s'entend plus d'un tapis à l'autre, et une partie de cartes qui se crie n'a plus grand intérêt.

Cinq tapis
Feutre retendu chaque printemps, jetons de maison sans valeur marchande.
Une ardoise
Recopiée à la plume l'après-midi, selon ce que le marché a donné.
Quatre en salle
La même équipe depuis la réouverture, cuisine comprise.
Ce qui se joue quel soir
Adresse, ligne directe, horaires
Où nous sommes
11 rue des Chevaliers, 67600 Sélestat
Nous joindre
+33 3 88 92 47 15 · bonsoir@jeuselra.com
Quand nous ouvrons
Du jeudi au lundi, 16h30 – 00h00
Cinq tapis sous les presses
Le salon occupe l'ancienne salle de couture, au fond, sans fenêtre sur la rue : pas un bruit de voiture, pas un reflet sur le feutre. Une lampe basse par table, un jeu neuf par saison.
On y joue pour le seul plaisir de tenir un compte. Les rondelles de buis restent la propriété de l'atelier : personne ne les achète, personne ne les rachète, et passé le porche elles redeviennent du bois tourné. Pas un euro ne passe d'une main à l'autre. L'argent, lui, ne change jamais de main.
Le lundi, quelqu'un de la maison reprend les règles depuis le début avec ceux qui n'ont jamais tenu treize cartes : une heure, huit chaises retenues au téléphone, rien à payer.

Trois feutres libres
On s'assied dans l'ordre où l'on arrive, sans liste ni tour de rôle.
Deux feutres retenus
La veille, au téléphone, pour six joueurs au plus.
Lundi, 19h
Rattrapage des règles, huit chaises, sans frais.
Six lignes affichées à l'entrée
- Le seuil se franchit à dix-huit ans révolus, table du soir comprise ; le comptoir peut demander à voir une pièce d'identité.
- Les rondelles de buis sortent du tiroir de l'atelier, tiennent le compte d'un cahier et ne s'échangent contre rien du tout.
- L'argent ne circule pas d'un joueur à l'autre, nulle part dans l'atelier : ni au feutre, ni au comptoir, ni sous le porche.
- Aucune machine de jeu n'a jamais franchi cette porte ; le seul mécanisme des lieux presse des feuilles et il est à l'arrêt.
- Les presses, le massicot et les cousoirs se regardent : on ne s'y appuie pas et on n'y pose pas son verre.
- Dès que la fatigue se voit, le verre suivant ne part pas et le comptoir appelle un taxi sans qu'on ait à le réclamer.
Une ardoise tenue à la plume
La cuisine tient dans l'ancienne réserve à papier : quatre mètres, deux feux, un four à terrines. Cela suffit pour deux entrées, deux plats et trois desserts, réécrits selon l'arrivage.
Au verre, nous versons des rieslings secs de la colline voisine et des sylvaners vifs qui tiennent tête au munster. Une bière de garde ambrée complète la liste, brassée à quatre kilomètres d'ici.
Le fourneau s'arrête à 22h30. Ensuite, le comptoir continue avec des planches de lard paysan, du fromage blanc au raifort et du pain grillé jusqu'à la fermeture.

Entrées
Deux, dont une sans viande, revues deux fois par semaine.
Plats
Deux, souvent une terrine longue et un poisson d'eau douce.
Au verre
Huit références alsaciennes, changées au fil des cuvées.
Six réponses avant de pousser la porte
Peut-on jouer depuis ces pages, un soir de pluie ?
Le site donne une adresse, pas une table. Il n'existe ni compte, ni application, ni salle virtuelle : il faut venir au 11, rue des Chevaliers, aux heures écrites sur la porte.
Que gagne-t-on à la fin d'un cahier ?
Le droit d'en ouvrir un autre. Rien n'est misé, rien n'est gagné, aucune caisse ne tourne : les rondelles tiennent le compte et repartent au tiroir.
Reste-t-il un bandit manchot dans un coin ?
Pas un. La seule mécanique de la maison sert à presser des feuilles, et elle est immobilisée depuis la fermeture de l'atelier.
Faut-il prévenir avant de venir dîner ?
Du jeudi au dimanche, mieux vaut appeler. Les trois feutres libres, eux, ne se réservent jamais : on entre et on s'assied s'il reste une chaise.
Je n'ai jamais tenu treize cartes.
Le lundi soir sert exactement à cela : une heure de rattrapage, huit chaises tenues au téléphone, rien à régler.
Un grand adolescent peut-il dîner avec nous ?
Non, même pour l'assiette seule : l'atelier entier relève de la même limite d'âge.
L'atelier avant et pendant le service






Une assiette devant, un feutre derrière
Un coup de fil passé après 14h30 vaut mieux qu'un message : nous inscrivons au registre l'heure, le nombre de couverts et ce que vous venez chercher — l'assiette, le cahier de cartes, ou les deux bout à bout.
Composer le numéro